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American Diplomacy
Foreign Service Life

October 2002

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The author of this account, upon retirement after more than thirty years in the U. S. Foreign Service, pursued a career as a writer and translator in French and Spanish, based in Maryland. He has published novels in French, as well as English. Now fully retired in France, Mr. Nixon is a frequent contributor to the pages of American Diplomacy.—Ed.

The Drought Has Ended—We Hope

Le mariage tel qu’il est est une singulière chose, mais après tout, on n’a encore rien trouvé de mieux.
Henri-Frédéric AMIEL, 1821-1881

En 1961 le 23 février est tombé un jeudi. Je peux l’affirmer pour deux raisons :

(a) j’ai un calendrier pour toutes les années entre 1800 et 2050 qui le démontre, et de toute façon,

(b) c’était un jour mémorable entre tous, celui de mon mariage à l’hôtel de ville de Tunis.

La veille, mercredi, ni moi ni personne n’avait travaillé à l’ambassade américaine car c’était l’anniversaire de George Washington, et à l’époque, invariablement, cela se fêtait le 22 février.

Je ne sais pas si entre-temps les règlements ont changé; en 1960 quand mon élue m’a confirmé qu’elle était d’accord pour devenir mon épouse, tout membre du personnel du Département d’État et de ses organismes affiliés (l’USIS et l’ICA, devenue l’AID par la suite) ayant décidé de se marier avec une étrangère ou un étranger était obligé de soumettre sa démission à son ambassadeur et d’attendre qu’une enquête soit menée au sujet de ladite étrangère ou dudit étranger pour savoir si elle ou il représentait un risque du point de vue de la sécurité des affaires de l’État. Or mon élue, Geneviève Delord, était Française, donc étrangère. Plein d’égards pour les précautions que le Département d’État jugeait indispensables, j’ai soumis ma démission au directeur de l’USOM (United States Operations Mission) à Tunis en novembre 1960, en lui expliquant que dans le cas peu probable où l’enquête frapperait ma fiancée d’anathème, j’étais disposé à renoncer à mon poste et à partir avec elle pour me consacrer à un autre emploi.

Après une attente de presque trois mois et une vague d’ICATOs et de TOICAs (à l’époque c’étaient les désignations des télégrammes échangés entre l’administration de l’ICA à Washington et les USOM dans divers pays), le Département d’État, ayant accordé son approbation à ma fiancée, a autorisé le directeur de l’USOM/TUNIS à annuler ma démission. Ainsi, assurés qu’aucun changement radical dans ma situation professionnelle ne nous pendait plus au nez, nous avons pu, Geneviève et moi, nous marier tranquillement à l’hôtel de ville à la date choisie plusieurs semaines auparavant. Notre acte de mariage a été rédigé en arabe, mais les autorités tunisiennes ont eu la gentillesse de nous en fournir une traduction officielle en français, ce qui m’a permis d’aller tout de suite faire établir par le vice-consul des États-Unis une attestation intitulée Certificate of Witness to Marriage, indispensable pour la série de formalités qu’il a fallu remplir à propos de l’heureux changement survenu dans mon état civil. Le coût de ce certificat, $3.00, ne m’a certes pas ruiné; j’ai l’impression qu’on ne pourrait en obtenir un aussi bon marché actuellement.

La cérémonie religieuse a eu lieu deux jours plus tard, le samedi 25 février 1961, à la cathédrale de Bizerte. Pour Geneviève et moi c’est ça la vraie date de nos noces. En principe nous devions nous marier en l’église Jeanne d’Arc à Tunis car Geneviève était paroissienne dans ce quartier-là de la ville, mais on nous a permis de comparaître devant Monseigneur Cassou, archévêque, à la cathédrale de Bizerte, pour la bénédiction nuptiale. Nous estimions que cette cathédrale, construite quelques années auparavant, était particulièrement belle, surtout à cause de ses vitraux lumineux hauts et étroits. La journée a été très ensoleillée, mais comme c’était l’hiver personne n’a eu chaud. Puisqu’il s’agissait d’un mariage entre une Française et un Américain, l’événement a eu un certain aspect international et a attroupé de nombreux badauds à l’entrée de la cathédrale de Bizerte. Parmi les invités il y avait des Américains, des Français, des Tunisiens et quelques personnes d’autres nationalités. Pour la plupart d’entre nous le point de départ était Tunis à environ 60 kilomètres de Bizerte. L’USOM avait mis à ma disposition pour cette insigne circonstance un grand break noir Chevrolet et un chauffeur qui devaient nous amener, moi, ma chère moitié et la mère de cette dernière, de l’ambassade américaine à Tunis à la cathédrale de Bizerte. Cependant la plupart des invités nous avaient présenté en arrivant à l’ambassade de grands bouquets de fleurs; au fait ces bouquets étaient tellement volumineux que quand on a fini de les placer à l’intérieur du break pour les transporter avec nous à la cathédrale, on a vu qu’il ne restait de la place que pour Geneviève et sa mère.

Et le futur marié? Ne fallait-il pas quand même qu’il participe à la cérémonie lui aussi? Heureusement que ma bonne copine, Sandy, était encore là avec sa voiture toute neuve, une Opel rouge saumon. C’est elle qui m’a conduit à Bizerte, ce qui lui a donné un peu plus tard l’occasion de régaler les autres invités américains de commentaires hilarants en parodiant une chanson populaire très en vogue depuis quelque temps : "Get him to the church on time."

La cérémonie religieuse a été très belle. Avec son voile blanc de mariée et sa belle robe de velours blanc Geneviève était radieuse, et j’ose dire que moi-même, sur mon trente et un dans un costume gris foncé neuf fait par un des meilleurs tailleurs de Tunis, je méritais tous les suffrages. Toujours coquette de nature, la mère de Geneviève, fière d’être en vue momentanément, portait un bel ensemble noire, des escarpins élégants et un petit chapeau rouge qui la rendaient digne du titre que sa fille lui accordait souvent en badinant : la reine mère. Mes parents, demeurant très loin en Californie, n’ont pu assister au mariage. Geneviève, en l’absence de son père, a été escortée jusqu’à l’autel par le directeur de l’école où elle enseignait, et accompagnée par son témoin, une amie d’autrefois. Mon témoin à moi était mon ami et collègue, Sydney Wagoner, avec qui j’ai travaillé à Vientiance (Laos) et à Tunis jusqu’en 1963 quand il a été transféré à Bangui. C’est Sydney, d’ailleurs, et son épouse, Cynthia, qui, à l’issue de la cérémonie dans la cathédrale de Bizerte, ont reçu nos invités chez eux dans leur maison très pittoresque à Sidi Bou Saïd près de Tunis.

Je me souviens du 25 février 1961 comme l’une des meilleures journées de ma vie



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