par Alain Seksig













 

Si tant est que l'on puisse assimiler le foulard à un signe d'appartenance relgieuse (cf. à ce sujet ce qu'en dit dans se numéro Jacques Berque, à quoi je sourci entièrement), le rappochement avec le port de la kippa par certains jeunes juifs, y compris dans des établissements scolaires, a été établi dès les premiers jours de "l'affaire".

Argument cent fois entendu : <<Si les uns peuvent porter leur kippa, pourquoi pas le foulard pour les autres?>> Et de faire remarquer que << notamment dans le quartier du Marais, à Paris, nombreux sont les jeunes juifs portant kippa dans leur école >>. Enfin, il s'est trouvé certaines autorités rabbiniques pour défendre le droit d'afficher ses convictions religieuses contre ce qu'ils estiment être "l'intolélerance laïque".

De quoi effectivemet donner mauvaise conscience (ou la nourrir) à plus d'un laïque convaincu ...

Avant même la salutaire réaction d'un certain nombre d'intellectuels juifs interdisant que l'on parle ainsi en leur nom, un souvenir persistant a éclairé mon propre jugement. Manière de boussole et intime antidote contre les faux arguments et les incantations démagogiques que ce moment-là personnellement vécu :

Il y a treize ans, à la mort de mon père, je me rendais chez notre vieux rabbin de famille. Installé dans une cité HLM de la balieue parisienne, cet homme connaissait bien ma famille en Algérie pour y avoir célébré nombre mariages, circoncisions ou bar-mitzvas.

Il me savait laïc et non pratiquant, ce qui, à l'occassion, me valait quelque discret "rappel à l'ordre".

Ce jour-là, je venais le chercher pour que, conformément à la loi religieuse, il vienne prier au domicile de mon père, défunt. Entrant chez lui, je coiffais ma calotte. En sortant, à ses côtés, je m'interrogeais -- la peine tout entier m'envahissait alors, mais la question avait réussi à se frayer un chemin jusqu'à ma conscience --:

<<Je l'enlève ou je la garde?>> Je décidais, pour ne pas indisposer le rabbin, de garder ma calotte sur la tête. Du moins m'imaginais-je ainsi le contenter car à peine avions-nous franchi le pas de la porte de l'immeuble que celui-ci se retournait vers moi : <<Enlève-la! chez moi, bien sûr, tu peux porter la kippa, chez moi tu es chex toi; mais, dans la rue tu es chez tous le monde...>>

Cet homme qui vivait tout entier par et pour la religion, ne s'intéressant que de très loin aux affaires de la cité et n'ayant peut-être même jamais voté de sa vie en France, bien que de nationalité française depuis ... le décret Crémieux, pouvait-il mieux dire qu'il faisait sienne la conception laïque de distinction entre espace public et territoire privé ? Mieux dire que le sentiment religieux se vit à l'int?rieur de soi et n'a nul besoin de s'aborer "crânement".

Un peu plus tard, le rabbin devait nous adresser un second message d'ouverture et d'intelligence, d'autant plus fort et émouvant que dépouillé de tout efort ostentatoire. Tout ce qui devait être dit et lu en paraille circonstance l'avait été huit jours durant ; les mots et les gestes quotidiens s'apprêtaient à recouvrir péniblement le silence du deuil partagé ..., alors notre rabbin sortit de sa poche un livre de petit format, précautionneusement couvert de chatterton noir. Il ouvrit le livre, sa voix doucement s'éleva pour l'ultime prière : en arabe, en judéo-arabe ...

Quatre remarques pour conclure :
1 - J'ai mené ma propre enquête dans les écoles élémentaires du Marais : il y a quelques années, un élève portait effectivement la kippa : c'était un enfant profondément handicapé, admis dans une classe relevant de l'éducation spécialisée. Les enseignants avaient alors jugé qu'il sagisait là au moins autant d'un signe d'affirmation individuelle que d'appartenance religieuse stricte et avaient accepté de le tolérer. Encore les parents ont-ils, au bout de quelques mois, décidé d'inscrire leur enfant dans une école privée juive. Sans nier bien sûr qu'il puisse y avoir, dans tel ou tel établissement scolaires à travers la France, des élèves portant la kippa, telle n'est en tout cas pas la situation dans les écoles du Marais, quartier où une population juive est de longue date installée et ne cache pas en général sa fervuer religieuse. Les écoles du Marais qui accueillent des élèves coiffés de kippas sont des écoles privées.

2 - Visitant il y a peu le très beau "Musée de la Diaspora" à Tel-Aviv, je fus frappé par une scène sculptée reproduisant une famille attablée un soir de seder, à l'occasion des pâques juives : aucun dea hommes attablés -- grand-père, père, fils -- n'est coiffé de la kippa. J'interrogeais alors un responsable du musée que cela surprit ! Il ne l'avait pas remarqué et pensait que le port de la kippa -- dont l'origine remonte aux prêtres de la Bible mais ne fait pas l'objet d'un impératif religieux -- ne s'était véritablement généralisé qu'au XIXe siècle ( la sculpture reproduisant une scène du XVIIIe siècle).

3 - Lors d'une réunion publique à la Mutualité ( le 28 novembre 1989), Alain Finkielkraut rappelait qu'au XIXe siècle, SAmson-Raphaël Hirsch, rabbin de Francfort, fondateur de la première école privée juive, demandait à ses élèves d'ôter leur kippa lors de cours d'instructions profane, ajoutant que rien ne doit protéger devant le savoir et qu'il convient de se présenter à lui tête nue.

4 - L'école publique, quant à elle, a depuis longtemps prouvé sa capacité à dialoguer et à s'adapter : il n'est plus guère de cantine scolaire aujourd'hui qui ne propose d'autre plat aux élèves juifs et musulmans qui le demandent, lorsque du porc est inscrit au menu. Ce qui signifie tout simplement qu'il est des aspects négociables de la présence du religieux à l'école, d'autres qui ne le sont pas quand ils sont ouvertement ou subrepticement destinés à pervertir l'espace public, s'opposer aux principes de la laïcité qui le régissent quelquefois prétendue telle -- sur las loi commune et confiner les individus à la reproduction obligée de comportments claniques.

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Partie I (Au Coeur...)
Partie II (De l"Affiche de l'Appartenance...)

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