Si
tant est que
l'on puisse assimiler le foulard à un signe d'appartenance relgieuse
(cf. à ce sujet ce qu'en dit dans se numéro Jacques Berque, à quoi je
sourci entièrement), le rappochement avec le port de la kippa par certains
jeunes juifs, y compris dans des établissements scolaires, a été établi
dès les premiers jours de "l'affaire".
Argument
cent fois entendu : <<Si les uns peuvent porter leur kippa,
pourquoi pas le foulard pour les autres?>>
Et de faire remarquer que << notamment dans le quartier du Marais,
à Paris, nombreux sont les jeunes juifs portant kippa dans leur école
>>. Enfin, il s'est trouvé certaines autorités rabbiniques pour
défendre le droit d'afficher ses convictions religieuses contre ce qu'ils
estiment être "l'intolélerance laïque".
De
quoi effectivemet donner mauvaise conscience (ou la nourrir) à plus
d'un laïque convaincu ...
Avant
même la salutaire réaction d'un certain nombre d'intellectuels juifs
interdisant que l'on parle ainsi en leur nom, un souvenir persistant
a éclairé mon propre jugement. Manière de boussole et intime antidote
contre les faux arguments et les incantations démagogiques que ce moment-là
personnellement vécu :
Il
y a treize ans, à la mort de mon père, je me rendais chez notre vieux
rabbin de famille. Installé dans une cité HLM de la balieue parisienne,
cet homme connaissait bien ma famille en Algérie pour y avoir célébré
nombre mariages, circoncisions ou bar-mitzvas.
Il
me savait laïc et non pratiquant, ce qui, à l'occassion, me valait quelque
discret "rappel à l'ordre".
Ce
jour-là, je venais le chercher pour que, conformément à la loi religieuse,
il vienne prier au domicile de mon père, défunt. Entrant chez lui, je
coiffais ma calotte. En sortant, à ses côtés, je m'interrogeais -- la
peine tout entier m'envahissait alors, mais la question avait réussi
à se frayer un chemin jusqu'à ma conscience --:
<<Je
l'enlève ou je la garde?>> Je décidais, pour ne pas indisposer
le rabbin, de garder ma calotte sur la tête. Du moins m'imaginais-je
ainsi le contenter car à peine avions-nous franchi le pas de la porte
de l'immeuble que celui-ci se retournait vers moi : <<Enlève-la!
chez moi, bien sûr, tu peux porter la kippa, chez moi tu es chex
toi; mais, dans la rue tu es chez tous le monde...>>
Cet
homme qui vivait tout entier par et pour la religion, ne s'intéressant
que de très loin aux affaires de la cité et n'ayant peut-être même jamais
voté de sa vie en France, bien que de nationalité française depuis ...
le décret Crémieux, pouvait-il mieux dire qu'il faisait sienne la conception
laïque de distinction entre espace public et territoire privé ? Mieux
dire que le sentiment religieux se vit à l'int?rieur de soi et n'a nul
besoin de s'aborer "crânement".
Un
peu plus tard, le rabbin devait nous adresser un second message d'ouverture
et d'intelligence, d'autant plus fort et émouvant que dépouillé de tout
efort ostentatoire. Tout ce qui devait être dit et lu en paraille circonstance
l'avait été huit jours durant ; les mots et les gestes quotidiens s'apprêtaient
à recouvrir péniblement le silence du deuil partagé ..., alors notre
rabbin sortit de sa poche un livre de petit format, précautionneusement
couvert de chatterton noir. Il ouvrit le livre, sa voix doucement s'éleva
pour l'ultime prière : en arabe, en judéo-arabe ...
Quatre
remarques pour conclure :
1 - J'ai mené ma propre enquête dans les écoles élémentaires du Marais
: il y a quelques années, un élève portait effectivement la kippa :
c'était un enfant profondément handicapé, admis dans une classe relevant
de l'éducation spécialisée. Les enseignants avaient alors jugé qu'il
sagisait là au moins autant d'un signe d'affirmation individuelle que
d'appartenance religieuse stricte et avaient accepté de le tolérer.
Encore les parents ont-ils, au bout de quelques mois, décidé d'inscrire
leur enfant dans une école privée juive. Sans nier bien sûr qu'il puisse
y avoir, dans tel ou tel établissement scolaires à travers la France,
des élèves portant la kippa, telle n'est en tout cas pas la situation
dans les écoles du Marais, quartier où une population juive est de longue
date installée et ne cache pas en général sa fervuer religieuse. Les
écoles du Marais qui accueillent des élèves coiffés de kippas sont des
écoles privées.
2 - Visitant il y a peu le très beau "Musée de la Diaspora" à Tel-Aviv,
je fus frappé par une scène sculptée reproduisant une famille attablée
un soir de seder, à l'occasion des pâques juives : aucun dea hommes
attablés -- grand-père, père, fils -- n'est coiffé de la kippa. J'interrogeais
alors un responsable du musée que cela surprit ! Il ne l'avait pas remarqué
et pensait que le port de la kippa -- dont l'origine remonte aux prêtres
de la Bible mais ne fait pas l'objet d'un impératif religieux -- ne
s'était véritablement généralisé qu'au XIXe siècle ( la sculpture reproduisant
une scène du XVIIIe siècle).
3 - Lors d'une réunion publique à la Mutualité ( le 28 novembre 1989),
Alain Finkielkraut rappelait qu'au XIXe siècle, SAmson-Raphaël Hirsch,
rabbin de Francfort, fondateur de la première école privée juive, demandait
à ses élèves d'ôter leur kippa lors de cours d'instructions profane,
ajoutant que rien ne doit protéger devant le savoir et qu'il convient
de se présenter à lui tête nue.
4 - L'école publique, quant à elle, a depuis longtemps prouvé sa capacité
à dialoguer et à s'adapter : il n'est plus guère de cantine scolaire
aujourd'hui qui ne propose d'autre plat aux élèves juifs et musulmans
qui le demandent, lorsque du porc est inscrit au menu. Ce qui signifie
tout simplement qu'il est des aspects négociables de la présence du
religieux à l'école, d'autres qui ne le sont pas quand ils sont ouvertement
ou subrepticement destinés à pervertir l'espace public, s'opposer aux
principes de la laïcité qui le régissent quelquefois prétendue telle
-- sur las loi commune et confiner les individus à la reproduction obligée
de comportments claniques.
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Partie
I (Au Coeur...)
Partie II (De l"Affiche de l'Appartenance...)
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