continuée













 

for a printer-friendly PDF version, click here.

Les personnels enseignants et administratifs du collège Gabriel-Havez de Creil ont écrit au ministre de l'Education nationale pour « qu'il se prononce clairement sur une question devenue nationale, afin de ramener la sérénité dans l'établissement ».

Bruno Etienne déclare: « Aujourd'hui l'islam est la seconde religion de France. Il faut se hâter de gérer cet état de fait. (...) Chaque fois qu'un mouvement de pensée nouveau se fait jour, il met des siècles à être officialisé! Cela a été vrai pour les protestants après bien des carnages, ensuite pour les juifs. Si nous voulons soustraire les musulmans français à la pression de l'étranger, il faut que l'Etat prenne ses responsabilités et intègre la donnée islamique ».

Michel Hannoun (RPR), auteur d'on rapport sur l'immigration, déclare: « Je comprends que cela puisse être vécu par d'autres comme un signe de provocation, mais plus on parlera avec passion, plus cela prendra des allures d'affrontement ».

"L'Appel de Toulouse" est lancé par des intellectuels réunis à l'initiative de la revue Horizons maghrébins. Ils demandent qu'une « négociation s'engage avec les musulmans résidant en Europe », et font un certain nombre de propositions.

24 octobre. -
Le recteur de la Mosquée de Paris, cheikh Haddam, lance, dans on entretien au Monde, un appel pour "dédramatiser l'affaire" et régler les conflits à l'amiable, au cas par cas. « La communauté musulmane est bien sûr indignée par les mesures discriminatoires qui la visent, mais de là à tomber dans le panneau tendu par certains esprits retardataires qui voudraient la transformer en une affaire d'Etat, pour ma part, je m’y refuse. Plutôt que de colporter, par ignorance, toutes sortes de clichés sur l'islam, il faut poser froidement quelques questions: les directeurs des écoles qui ont pris les décisions que l'on sait en ont-ils bien mesuré les consequences ? L 'école a-t-elle joué son rôle d'accueil et d'éducation ? La France est-elle, oui ou non, un pays de liberté, à la pointe du combat pour la tolérance et la démocratie ?.. »

La Fédération protestante de France déclare: « Les protestants pensent qu'il n’y a aucune raison d'interdire le port du voile à l'école pour peu qu'il ne serve pas à un quelconque prosélytisme, mais le respect de la laïcité doit être absolu ».

Le grand rabbin de Paris, A. Goldmann déclare: « Ceux qui refusent aux enfants musulmans le droit de porter le tchador et aux enfants juifs la kippa à l'école, sont intolérants. Aujourd'hui ce ne sont plus les religieux qui font preuve d'intoérance mais les laïcs ».

La Fédération des Conseils de Parents d'Elèves sort de son silence : « Que prôner ? Certainement pas l'exclusion qui rejette les intéressées dans une attitude plus tranchée, certainement pas une règIe de conduite stricte nationale ». II faut prendre « la voie étroite entre le rejet, solution de facilité, et l'abdication, solution pernicieuse ».

26 octobre.-
Dans un entretien au Nouvel Observateur, comme devant l'Assemblée nationale la veille, Lionel Jospin déclare que les chefs d'établissements doivent « établir un dialogue avec les parents et les enfants concernés pour les convaincre de renoncer à ces manifestations ». II ajoute que si ces discussions échouaient, « l'enfant -dont la scolarité est prioritaire - doit être accueilli dans l'établissement public ».

Dans Le Monde, Michel Morineau, secrétaire national de la Ligue de l'enseignement, plaide pour une laïcité ouverte : « Est-ce que ces jeunes filles ont manifesté vraiment le désir d'influencer leurs condisciples ? Ont-elles fait ostensiblement leurs prières en classe, exprimé leur hostilité à l'égard des catholiques, des protestants, israélites ou incroyants ? Ont-elles refusé de participer à certains cours ? Si non, qu’elles gardent leur foulard ».

La couverture de l'Express titre: « L 'école laïque en danger. La stratégie des intégristes ». Sur fond rouge, une écolière en foulard tourne le dos à la couverture.

27 octobre. -
La Fédération de l'Education nationale déclare: « Nous attendons avec impatience que le ministre de l'Education nationale rappelle dons un texte réglementaire les obligations des élèves et des fonctionnaires ». La FEN, jugeant la circulaire de 1937 qui interdit tout prosélytisme dans l'école publique insuffisante, demande la présentation d'urgence d'un nouveau texte devant le Conseil supérieur de l'Education nationale. La fédération demande aussi on débat parlementaire sur le thème de la laïcité.

Le proviseur du collège de Creil estime que la décision de Lionel Jospin va à I'encontre de la laïcité.

En couverture du Nouvel Observateur : « Profs, ne capitulons pas ! », sur fond de jeune musuImane en foulard. Cinq intellectuels -Elisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay et Catherine Kintzler - lancent un appel à Lionel Jospin, contre le foulard islamique. « L'année du Bicentenaire aura-t-elle vu le Munich de l'Ecole républicaine ? Négocier comme vous le faites en annonçant qu'on va céder, cela porte un nom : capituler ».


________________

HOMMES & MIGRATIONS:
N° 1129--1130 -FEVRIER-MARS 1990

Chronologie Pages: [1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8]