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VIII. Du rôle de l'art chez CondéL'art chez Condé sert à exprimer cet aspect "rhizomatique" de l'identité créole. Condé utilise d'abord son art, celui de l'écriture, pour réunir les membres de la Diaspora Noire essaimés à travers les Amériques. Les Antillais de ses romans des années 80 et 90 se lient très souvent à des personnages venant de l'Afrique, de la France, de l'Amérique du Nord ou même de l'Amérique du Sud. Dans Desirada (1997), Marie-Noëlle la protagoniste, cherche son identité en émigrant de la Guadeloupe à la France, puis aux Etats-Unis, avant de revenir en Guadeloupe et de repartir pour Boston dans le Massachusetts. Sur son chemin, c'est grâce aux personnes qu'elle rencontre que Marie-Noëlle crée son identité et parvient à oublier son désir premier de connaître son père. Les amitiés condéennes ignorent les frontières géographiques et raciales sans pour autant faire de l'identité antillaise un modèle d'harmonie. En réalité, ces amitiés "cosmopolites" soulignent la double signification de "mêlé," (comme dans le titre de son recueil de nouvelles de 1985), qui désigne à la fois un mélange mais aussi un problème ("mêlé" signifiant "problème" en créole). L'art de Condé traverse donc les frontières et mêle les destinées de personnages venant de tous les horizons dans un but bien précis: montrer que l'éloignement géographique ne saurait séparer les descendants de la Diaspora Noire mais montrer également que les identités ne se résument au lieu où elles naissent mais qu'elles se construisent petit à petit. ACTIVITY LINK : Desirada (extrait) Condé se réfère également à d'autres arts, comme la peinture et la littérature imaginées par les artistes issus de la Diaspora Noire. Dans son oeuvre, Condé n'hésite pas à évoquer des artistes des Amériques (Haïtiens, Américains.) sans rien préciser sur ces derniers par des notes en bas de page par exemple. Cela force le lecteur à s'informer et à découvrir ces artistes. Cette tactique confronte implicitement le lecteur aux limites du canon artistique occidental. Condé espère ainsi ouvrir ce canon aux oeuvres des artistes de la Diaspora Noire. Un tel canon permettrait à la fois d'exprimer la culture noire, d'offrir une source de fierté et de témoigner d'une identité tout comme le canon occidental l'a si longtemps fait pour les Européens. Condé n'hésite donc pas à mentionner (voire à incorporer) deux écrivaines américaines dans son oeuvre: Zora Neale Hurston dans "Trois femmes à Manhattan" ( Pays-mêlé ) et Toni Morrison dans "The Bluest Eye" ( Contes de mon enfance à rire et à pleurer 1999). Dans ce conte, elle se souvient de la difficulté d'exister au sein du canon blanc en tant que jeune femme de couleur. Dans "The Bluest Eye," Maryse Condé raconte que petite-fille, un jeune ami lui avait avoué qu'il la trouvait très belle avec ses beaux yeux bleus. Il avait lu tant d'histoires venant de France avec de très belles héroïnes blondes aux yeux bleus qu'il pensait naturellement que toute belle femme exhibait nécessairement ces traits. Séduit par Maryse, il n'hésite pas à lui voir des yeux bleus. La jeune Maryse s'est sentie trahie par un tel compliment qui nie toute sa personne physique. Au delà de la difficulté à vivre au sein du canon blanc qui s'adresse avant tout à une audience européenne, ce conte porte en germe le second thème cher à Maryse Condé: celui de la femme antillaise. ART LINK: L'art créole, images et exercices
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