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IX. Identité de la femme créoleBien que Condé refuse catégoriquement d'être qualifiée de féministe, elle n'est pas indifférente au thème de l'Antillaise. Sa réflexion sur la condition de la femme de couleur débute en 1979 dans son essai intitulé La parole des femmes qui révèle les nombreux stéréotypes qui voilent cette dernière. Le corps de cette dernière continue d'être idéalisé à la fois par les occidentaux et par les Antillais eux-mêmes. La femme noire demeure d'un côté femme hyper-sexuelle, symbole de l'exotisme pour le regard masculin occidental impérialiste, et d'un autre côté, il est matrice et pilier indestructible pour l'Antillais au regard patriarcal. ACTIVITY LINK : L'art créole (voir la section <<La femme créole dans la peinture haïtienne>>) Condé aborde le problème des stéréotypes de plusieurs façons. Soit elle les ridiculise comme dans Moi, Tituba, sorcière. , soit ses personnages les détruisent et s'en éloignent comme dans Desirada . Dans les deux cas, Condé offre une voix à cette femme que l'Histoire a souvent rendue muette et reléguée au rang d'objet sexuel. Moi, Tituba, sorcière. (1986) donne voix à Tituba, accusée de sorcellerie pendant la "Chasse aux sorcières" de Salem.* Tituba a joué un rôle important durant cet événement mais elle a été effacée de l'Histoire écrite par les hommes. Ce livre permet à Tituba de raconter sa vie, avant, pendant et après cette trop célèbre "Chasse aux sorcières." Ce droit posthume à une autobiographie permet de briser le silence et l'oubli qui entourent encore souvent tout personnage historique de couleur, et a fortiori quand il s'agit d'une femme. Mais le personnage de Tituba remplit également une autre fonction. Dépeinte comme l'ultime femme hyper-sexuelle, Tituba subvertit le stéréotype: sa sexualité est si extrême qu'elle en devient ridicule. Dans d'autres romans, la femme condéenne détruit les stéréotypes en les ignorant et se reconstruit autre, à savoir radicalement différente. Le personnage condéen de l'intellectuelle de couleur surgit ainsi à plusieurs reprises dans son oeuvre: il y apparaît sous les traits de Véronique dans Hérémakhonon, d'Elinor et de Claude dans "Trois femmes à Manhattan," de Reynalda et de Marie-Noëlle dans Desirada . L'intellectuelle de couleur rejette à la fois le regard impérialiste et patriarcal: cette "nouvelle" femme est souvent stérile et non maternelle, maigre et non voluptueuse, intellectuelle et sexuelle. Pourtant, cette femme n'est pas frigide: sa sexualité est tout simplement devenue la sienne et a cessé de paraître pour le plaisir de l'Européen ou de l'Antillais.
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